Travailler dans le domaine des jeux vidéos, pourquoi pas ?

Des petites PME orientées vers le jeu mobile, un recours important aux freelances, des salaires peu élevés comparés aux autres secteurs du numérique: une étude sur les entreprises françaises du jeu vidéo dévoile une réalité éloignée des idées reçues.

Si de nombreux jeunes rêvent de créer des jeux vidéo, les informations sur les métiers du secteur, le niveau d’études nécessaire et les rémunérations sont assez peu connues du grand public. C’est pour pallier ce manque que le Syndicat national du jeu vidéo (SNJV) a réalisé, en partenariat avec le cabinet Opcalia, une grande enquête sur «l’emploi, les métiers et les rémunérations dans le jeu vidéo» en France.

Cent entreprises françaises, sur les 240 contactées, ont accepté de répondre au questionnaire du SNJV. À sa lecture, le joueur espérant gagner confortablement sa vie en travaillant sur des jeux à gros budgets comprendra que son rêve risque difficilement de se réaliser dans notre pays.

• De nombreuses PME orientées vers les jeux sur smartphone
Hormis les géants comme Ubisoft ou Ankama, les sociétés de jeu vidéo françaises sont majoritairement des petites structures dépassant rarement les 50 employés (79%). Difficile avec aussi peu de main-d’œuvre de réaliser des jeux de haute qualité à gros budget pour consoles et PC (appelés «jeux AAA» dans le secteur). Sans surprise, 52% des entreprises sondées déclarent ne réaliser que des jeux dématérialisés, essentiellement sur smartphone (68%) et tablettes (60%). Seuls 7% des sociétés ne font que des jeux sur consoles et PC, tandis que les 41% restants produisent sur les deux marchés.

Ces petites entreprises sont fragiles. Nicolas Gaume, président du SNJV, déplore un «taux de mortalité de 20 à 30% plus important en France, comparé à l’Allemagne ou au Royaume-Uni, pour les studios de développement de moins de cinq ans». Ce phénomène n’épargne pas les entreprises plus anciennes, comme le témoignent les fermetures ce mois-ci des studios Dancing Dots et Hydravision. Quant au chiffre d’affaires annuel, il ne dépasse pas le million d’euros pour 67% des sociétés sondées.

• Une précarité plus ou moins importante selon la taille des sociétés
La part de CDI est la plus importante dans les sociétés de taille moyenne (68% chez les 20 à 49 salariés), tandis que les travailleurs indépendants sont très présents dans les petites structures (de 20 à 28% de la masse salariale, contre 6 à 12% de CDD). La précarité la plus importante se trouve dans les grosses structures. Les entreprises de plus de 100 salariés emploient ainsi 51% de CDI, contre 39% de CDD, 3% d’intermittents et 2% de travailleurs indépendants.

À noter que l’étude passe sous silence le cas des stagiaires. Plusieurs témoignages anonymes, sur des forums spécialisés, dénoncent de nombreux abus, notamment dans les plus petites structures où des postes de production (développeurs, graphistes) seraient majoritairement occupés par des étudiants ou de jeunes diplômés non-salariés. Une enquête sur le sujet aurait permis de mesurer l’ampleur réelle du phénomène.

• Une moyenne des salaires entre 2000 et 2500 euros brut par mois
L’étude lève le voile sur l’un des grands tabous du milieu: le niveau de rémunération. Mais, prévient le SNJV, les salaires sont extrêmement variables et dépendent essentiellement de la taille de l’entreprise. Plutôt que de proposer une médiane, le rapport indique une fourchette moyenne des salaires dans 28 métiers, et précise le salaire le plus faible et le plus élevé rencontrés lors de l’enquête.

En dehors des managers et des directeurs techniques et artistiques, les salaires tournent en moyenne entre 25.000 et 30.000 euros brut annuels, soit de 2000 à 2500 euros brut par mois. Un programmeur à bac+5 touchera ainsi entre 27.000 et 40.000 euros brut annuels, et un game designer à bac+3 entre 25.000 et 33.000 euros brut annuel. L’un d’entre eux évoque sur Twitter des rémunérations légèrement inférieures.

L’étude réserve quelques surprises. Ainsi,les chargés de localisation (bac+5), qui encadrent le processus de traduction et d’adaptation d’un jeu étranger à la culture française sont autant payés que les testeurs, chargés de vérifier qu’un jeu n’a pas de bug avant sa sortie, et recrutés au niveau bac (entre 22.000 et 30.000 euros). On constate également de nombreux smic chez les plus bas salaires. Certaines entreprises ont même déclaré des salaires en dessous du smic brut annuel (15.000 € pour un community manager ou un animateur, alors que le smic annuel est à 17.000 euros).

Ces niveaux de rémunération, corrects mais peu élevés comparés à d’autres secteurs du numérique, pénalisent les entreprises françaises, d’autant plus que les emplois sont majoritairement situés en région parisienne, et que les semaines de travail dépassent allégrement les 35 heures. «Les personnes expérimentées et talentueuses sont très recherchées. J’ai perdu un de mes développeurs, qui a été débauché par Twitter. Il va multiplier son salaire par sept chez eux», témoigne Nicolas Gaume.

» Les grilles de salaires complètes des 28 métiers du jeu vidéo

» Le détail des 28 métiers du jeu vidéo

• Des avantages en nature typiques des petites structures
Les salaires sont compensés par des systèmes de primes dans 48% des entreprises sondées. Mais l’intéressement est très peu répandu (18%).

Petites structures oblige, les entreprises de jeux vidéo ne proposent pas systématiquement une mutuelle (seuls 45% en proposent), des tickets-repas(37%), et encore moins de chèques cadeaux (4%) ou d’activités de loisirs (2%). 22% des sociétés sondées ne proposent même aucun avantage en nature, mutuelle et remboursement des frais de transports compris.

Publié le 17/10/12 – Lefigaro.fr – Par Chloé Woitier

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