Sera-t-on bientôt embauché grâce aux Mooc?


Les Mooc, ces cours en ligne ouverts à tous, se développent en France.
 
Les recruteurs vont-ils snober ces formations sans diplôme? Ou acheter les données des participants pour « chasser » les meilleurs? Le tour du sujet en trois questions d’anticipation.

 
Tentés par une formation à l’optique non-linéaire à Polytechnique ou sur l’espace mondial version Science Po? Peu importe que vous ayez passé l’âge de traîner dans les amphis: à partir de janvier, le savoir viendra vous chercher à domicile, via la nouvelle plateforme France université numérique (FUN).
 
Lancée en octobre, elle signe l’arrivée officielle des Mooc dans l’Hexagone.
 
A prononcer « mouk » ou « mok », ces « massive open online courses », souvent conçus par la crème des établissements du supérieur, sont des cours en ligne ouverts à tous sans condition de diplôme, gratuitement et à la mode collaborative: pendant une petite dizaine de semaines, les participants suivent des leçons en vidéo, testent leurs acquis et échangent virtuellement entre eux ou avec les profs.
 
Au mois de mars, le Mooc gestion de projet de l’Ecole centrale de Lille comptait dans ses participants 85% d’actifs et 15% d’étudiants. 55% étaient cadres.
 
Aux Etats-Unis, la plateforme Coursera revendique 5,5 millions de membres. En France, au-delà de FUN, des écoles comme l’EM Lyon ou des organismes privés commencent à ouvrir leurs Mooc.
 
Beaucoup d’inscrits ne sont pas actifs ou décrochent avant la fin, mais le système intéresse déjà le secteur de la formation, et donc du recrutement.
 
Un Mooc sur son CV?
 
Verra-t-on bientôt les Mooc apparaître sur les CV, entre les rubriques formation et centres d’intérêt?
 
« C’est leur place. Ils visent bien à acquérir des compétences utiles à sa carrière, dans son entreprise ou en dehors », assure Arnaud Gien-Pawlicki, responsable recrutement et marque employeur à l’Apec.
 
Réussir un Mooc n’est pas donné à tous. « Aller au bout demande beaucoup d’autodiscipline et d’organisation », juge Matthieu Cisel, doctorant sur le sujet à l’ENS Cachan et co-organisateur du Mooc de Centrale Lille.
 
« Le candidat prouve qu’il veut rester à la pointe de son secteur ou élargir ses compétences », confirme Franck La Pinta, responsable de la stratégie digitale à la DRH de la Société générale.
 
Les participants les plus méritants auraient donc intérêt à le revendiquer. Problème, et non des moindres: « la France conserve une vraie culture du diplôme, regrette Hubert Mongon, membre du bureau national de l’ANDRH, vice-président RH de Mc Donalds en France.
 
Quand on vous demande votre formation, on ne s’intéresse qu’à celles reconnues par l’Education nationale. Tout ce qui gravite autour n’est pas autant pris en compte et et il pourra se passer du temps avant que les recruteurs ne dépassent ces préjugés. » Pour l’instant, les Mooc débouchent sur des certificats, parfois payants, qui attestent de l’assiduité et d’un taux de réussite à l’examen final.
 
« Mais le fait que les Mooc soient activés par des grandes institutions reconnues en France est un atout », poursuit Hubert Mongon.
 
Si l’offre explose, « les recruteurs seront tentés de faire confiance aux noms déjà connus, un Mooc de HEC ou du MIT leur parlera forcément plus », estime aussi Franck La Pinta.
 
« Attention, la marque de l’établissement n’est pas toujours garante de la qualité des cours », prévient toutefois Matthieu Cisel, qui parie plutôt sur des sites de notation des cours par les étudiants pour séparer le bon grain de l’ivraie.
 
Un Mooc pour se former?
 
Et en interne, les DRH recommanderont-ils bientôt à leurs salariés de suivre des Mooc pour se maintenir à niveau?
 
Certaines plateformes flairent déjà le filon en créant des sessions sur mesure -et payantes- pour les entreprises.
 
Premier atout non-négligeable en période de régime budgétaire, « un coût bien inférieur à celui des formations classiques », explique Matthieu Cisel. Le fondateur du service de Mooc pour entreprises CoorpAcademy promet par exemple dans La Tribune que, « par rapport à un cours en présentiel classique, les prix sont divisés d’un facteur de 8 à 10 ».
 
Et contrairement à la formation en ligne -le « e-learning »- où le salarié se retrouve souvent seul face à lui-même et son ordinateur, « le Mooc replace le formateur au coeur du dispositif », assure Eric Chardoillet, président de First Finance, un institut de formation et de certification en finance qui lance un Mooc sur l’analyse financière.
 
Omniprésent dans les vidéos, « il répond aussi aux questions via un chat, des forums et en direct une fois par semaine. » De quoi motiver un peu plus qu’avant les participants?
 
Un Mooc pour être chassé?
 
Dernière hypothèse: et si des recruteurs venaient vous cueillir à la sortie d’un Mooc, comme ils « chassent » déjà certains diplômés sortis d’écoles? « Aux Etats-Unis, des plateformes ont déjà passé des accords avec des entreprises qui leur achètent les données des participants », explique Matthieu Cisel.
 
Pour un recruteur, les résultats aux Mooc sont une mine
 
Objectif: identifier les meilleurs profils sur des secteurs, comme les nouvelles technologies, où les entreprises s’arrachent les bons candidats.
 
« Pour un recruteur, les résultats aux Mooc sont une mine: on peut y analyser les compétences d’une personne mais aussi ses capacités d’interaction ou d’animation d’une équipe », détaille Franck La Pinta.
 
Des entreprises prêtent à payer pour embaucher les meilleurs, des plateformes de Mooc qui cherchent justement des sources de financement… le partenariat s’annonce juteux, même s’il pose de nouvelles questions en termes de protection des données des utilisateurs.
 
Si FUN ne risque a priori pas de s’engager dans ce type d’alliance, d’autres s’y mettent déjà. A l’issue du premier Mooc de First Finance, « une grande banque va sélectionner une dizaine de participants pour leur proposer un entretien en vue d’un stage en finance d’entreprise », indique Eric Chardoillet, son fondateur.
 
Pour que le système soit rentable pour une entreprise, « il faudra quand même que le volume des recrutements soit conséquent, comme aujourd’hui pour celles qui développent des relations avec les grandes écoles », nuance toutefois Franck La Pinta. La révolution du recrutement ne serait donc pas pour tout de suite, ni pour tout le monde…
 
Source ; lexpress.fr
 
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