2013-2015 : 90 000 postes IT à pourvoir en France ?

 

 

Estimant à 100 000 les besoins en embauches du secteur IT chaque année en Europe, la Commission européenne lance un appel à la « coalition » pour renforcer les dispositifs de formation initiale et continue.

 

Est-ce l’effet du lobbying du secteur du numérique ayant voix au chapitre à Bruxelles ? Le président Barroso et pas moins de quatre vice-présidents et membres de la Commission européenne (*) se liguent pour sonner la mobilisation générale afin de réussir à pourvoir les 900 000 emplois IT ouverts à l’embauche en Europe d’ici à 2015. L’estimation se fonde sur la progression annuelle de 100 000 emplois enregistrée depuis 2010 dans ce secteur (soit + 4,3 %).

 

Révélateur : aux quatre coins du continent, pour les institutions, le terme de « poste vacant » l’emporte sur celui d’offre d’emploi, soulignant implicitement l’insuffisance du flux de jeunes diplômés IT et de travailleurs qualifiés pour suivre le rythme de la demande. Et ce, alors que les prévisions de recrutement des entreprises n’incitent guère à l’optimisme pour les jeunes diplômés, toutes filières confondues. Notamment en France, avec, selon les derniers relevés de l’Apec, un possible recul de 10%, voire de 25%, du volume d’embauches en 2013. Pour le président Barroso, il s’agit de « renverser la tendance », donner aux européens les moyens de « pourvoir les emplois vacants du secteur TIC ».

 

D’emblée, se sont ralliés à cette « grande coalition » les ténors du secteur (HP, SAP, Cisco, Alcatel-Lucent, Nokia, Telefonica, ARM, etc) pourtant peu enclins, ces derniers temps, à des embauches massives de débutants. Certes, pour la Commission, la mobilisation ne se cantonne pas au renforcement du flux entrant, mais doit s’appliquer aussi à l’aide à la mobilité d’une région ou d’un pays à l’autre, à la reconnaissance des compétences acquises (certification) qui facilite la mobilité, et au développement de méthodes d’enseignement et d’apprentissage innovantes. Autant d’appels à initiatives sur lesquels se positionnent ces ténors.

 

3,1% de la population active


Récurrence du constat : il y a quinze ans déjà, alors que l’Europe des TIC employait un peu plus de deux millions de cadres et techniciens, soit 1,5 % de la population active des 17 pays de l’Union européenne, les organisations professionnelles du secteur pressentaient avoir le plus grand mal à satisfaire la perspective de 200 000 emplois supplémentaires dans l’année (Panel Europe Apec, 1998). Aujourd’hui, selon l’état des lieux dressé par la Commission, le secteur IT emploie 3,1 % de la main-d’oeuvre de l’UE (6,7 millions de postes en 2011 pour les 27 pays). Et ce, en dépit de la contraction de l’embauche de cadres constatée dès 2010 (Panel Europe 2010, étude Apec) qui n’a pas épargné le secteur IT. Une proportion doublée, donc, en l’espace de quinze ans, face à laquelle l’adaptation du système éducatif tient difficilement le rythme. D’autant plus que les exigences des employeurs n’ont pas faibli quant aux niveaux de qualification requis.

 

En France, « 80 % des postes ouverts sont à niveau bac+5, 20% à bac+2 », observe Christian Colmant, délégué général de l’association Pascaline (organe de coordination écoles-universités/entreprises du secteur IT). Dans ce milieu accoutumé aux « stop-and-go » de l’embauche de débutants, on ne s’étonne plus que, même dans la conjoncture économique actuelle, le taux d’insertion des bac+5 des filières informatique, réseaux et télécom, reste voisin de 90 % dès le diplôme en poche. Et encore : « les 10% restants correspondent pour la plupart à des poursuites d’études », avance Christian Colmant. Sachant que de ces filières dédiées sortent quelques 12 000 diplômés par an (7000 ingénieurs, 5000 masters), la profession – et l’association – évaluent à 5000 le flux d’étudiants supplémentaires qu’il conviendrait de former pour satisfaire l’appétit de croissance du secteur IT.

 

+ 25 % en dix ans à l’entrée des écoles d’ingénieurs


De quoi apporter de l’eau au moulin de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI) qui, en dépit de restrictions budgétaires sensibles, rappelait en ce début d’année que, toutes écoles et toutes spécialités confondues, les flux d’entrée en écoles d’ingénieurs ont progressé de 25 % depuis 2002 (+ 64 % depuis 1990). Et encore de + 6,4 % durant l’année académique 2011-2012 par rapport à 2010-2011. Avec, cependant, une progression ralentie des flux entrant et sortant des écoles internes aux universités depuis quatre-cinq ans (15 % du total ingénieurs diplômés en 2011). Selon l’estimation de Pascaline et les relevés de l’Apec, les métiers du numérique absorbent donc un peu moins du quart des quelques 30 000 ingénieurs-diplômés de l’année. Et même en progression constante et complété par les flux de masters option informatique ou IT eux aussi en légère progression (1100 diplômés pour le master Miage par exemple), l’approvisionnement en sang neuf dans ce secteur reste insuffisante.

 

Pour autant, plus personne ne semble invoquer le retour aux programmes des années 90 visant la reconversion précoce de jeunes diplômés d’autres filières en mal de débouchés. Le plan d’accompagnement des jeunes diplômés confié par les partenaires sociaux à l’Apec (12000 jeunes suivis en 2012, 20000 en 2013) « vise l’insertion dans les secteurs pour lesquels ils ont été formés », insiste Bertrand Hébert, directeur général adjoint de l’Apec.

 

Apprentissage et évangélisation


Les pistes de réponse soutenues par l’association Pascaline et par Syntec numérique concernent l’amont : d’une part la sensibilisation des lycéens et bac+2 aux débouchés du secteur IT ; d’autre part, le développement de l’apprentissage. Autant dire, dans les deux cas, « un travail de fond à moyen et long terme », insiste Christian Colmant. « Rares sont les jeunes qui ont une idée claire de ce qui se trame dans un datacenter et des métiers qui pourraient leur être ouverts », confirme Karim Houry, responsable chez Euclyde (développeur et exploitant de data centers) d’un programme d’accueil de « promo » d’étudiants pour une journée d’échange baptisée « Euclyde Académie ». De même, en dépit d’une pratique des études en alternance éprouvée depuis plus de vingt ans (et qui sied au secteur d’après ses adeptes), « le recours à l’apprentissage n’est pas encore ancré dans les moeurs de l’industrie du numérique », nuance le responsable de Pascaline.

 

Du côté de Bruxelles, les recommandations concernent l’adaptation des méthodes et des ressources pédagogiques, moyennant des partenariats et des apports de fonds publics et privés. Avec promesse d’ouverture à de nouvelles ressources en libre accès, notamment une plateforme de e-learning baptisée « Academy Cube » et des modules de formation destinée aux installateurs de réseaux d’énergie intelligente. Une initiative prenant effet dès cet été précise le communiqué de la Commission. A suivre.

Article publié le 11 mars 2013 – channelnews.fr

 

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