Emploi : cinq astuces pour un entretien d’embauche

 

Tombés en début de semaine, les derniers chiffres du chômage  en zone euro incitent au pessimisme, avec 11,8% de la population active touchée en novembre et près de 19 millions de chômeurs. Pour les jeunes, c’est pire encore : un sur quatre en moyenne sans emploi en Europe.

Autant dire que la sortie de DRH : le livre noir signé de l’universitaire Jean-François Amadieu, professeur en gestion des ressources humaines à Paris 1 et créateur du site l’Observatoire des discriminations, tombe à pic pour souligner à quel point les catégories favorisées sont privilégiées par les recruteurs.

Dès le stage obligatoire de troisième, au collège, les jeunes comptent sur l’aide active de père et mère…excepté dans les collèges en difficulté. Eux ont  « recours aux enseignants car parents et amis manquent de réseaux », note l’essayiste. Avec cette conséquence : « l’activité proposée est alors moins intéressante et laissera à ces collégiens une impression mitigée du monde de l’entreprise ».

Tentons néanmoins de positiver et tirons de cet essai cinq conseils pratiques pour un entretien d’embauche :

1 Le poids décisif de l’apparence

Quels sont les principaux critères de discriminations à l’embauche ? En 2009,  67% des Français (mais seulement 48% des Européens) citaient en premier lieu l’apparence, selon un sondage Sofres.

L’universitaire le confirme : le look est primordial. Facteur de discrimination qui ne passionne pas les médias, l’obésité est éliminatoire pour une femme, plus encore que pour un homme. Et « les recrutements se font sur la bonne tête des candidats ».

Une étude israélienne (« Are good-looking people more employable ? »)  semble prouver qu’un homme séduisant (sur photo) a deux fois plus de chance d’être contacté que ‘ »un homme au visage ordinaire ». En France, une jolie femme a tout intérêt à joindre un cliché au CV pour se voir convoquée, avait montré la chercheuse Hélène Garner-Moyer, citée dans L’Express.

Pire encore, selon l’Américaine Nancy Etcoff, une femme maquillée à l’air plus compétente et plus sympathique, comme le relate ici et en anglais le New York Times. Soucieuse du détail, la chercheuse prône même un maquillage  « professionnel » (façon Cruella, contour des lèvres très dessiné) plutôt que « glamour » , qui n’inspirerait pas confiance.

Conclusion de l’essayiste : si « 3% à peine des recruteurs admettent regarder la photo en premier lorsqu’on leur soumet un CV« , dans la vraie vie, « le look est de loin le premier facteur de choix des employeurs. »  Pour le meilleur et pour le pire,  la première impression sera (le plus souvent) décisive.

2 Gaffe aux questions pièges

Ne pas confondre entretien d’embauche et Questions pour un champion. Si un employeur vous demande au débotté le nom du dirigeant de la CGT, il cherche peut-être moins à tester votre culture générale que votre intérêt (potentiellement suspect) pour le syndicalisme.

Jean-François d’Amadieu note au passage que les préférences syndicales  ou partisanes sont un élément de discrimination aussi réel que peu étudié.

Plus surréaliste encore, il mentionne des sites de recrutement en franche infraction avec la loi ou aux questions baroques. Même pour un job d’hôtesse, évitez de répondre sur le formulaire en ligne que vous avez la nationalité guadeloupéenne 1) parce que ça n’existe pas 2) parce qu’on se demande pourquoi les DOM-TOM se voient transformer en nations. Indépendantisme caché, erreur logicielle ou arrière-pensées inavouées ?

3 Ces réseaux qui servent

L’embauche, un jeu faussé dès le départ ? « Dans 60% des recrutements, un seul CV est examiné », assène l’universitaire. Sans vouloir jouer aux Pinçon-Charlot, inlassables pourfendeurs de la reproduction sociale, il rappelle que « les vrais réseaux solides sont les réseaux familiaux ou sont ceux de l’élite. On trouve normal le réseautage alors que les principales victimes en sont les femmes, les milieux modestes et ceux issus de l’immigration. »

Et il s’étonne, dans son livre, d’un « étrange phénomène » dans le sondage réalisé chaque année sur la perception des discriminations par le Défenseur des droits : « Plusieurs motifs importants de discrimination sont oubliés, dont l’origine sociale, qui n’est jamais proposée aux personnes interrogées. Quand on sait à quel point la profession du père est primordiale pour trouver un emploi et faire carrière, on reste pantois ! »

D’autant que, pistonnés ou pas, ‘ »environ 70% des jeunes recrutés ne sont pas des inconnus pour leur futur employeur ».

Conséquence et conseil pratique:  stage, CDD ou remplacement,  le meilleur moyen est de tenter de mettre un pied, même précaire, dans l’entreprise pour avoir une chance d’y placer le second.

4 Ces réseaux qui desservent parfois

Tout le monde a (à peu près) compris que les employeurs passent désormais leurs futures recrues au tamis de Google, Facebook et autres Linkedin.

Mais leur curiosité excède largement largement la recherche de photos en état d’ivresse : ils vérifient véracité du CV, mode de vie et jusqu’à la situation  financière de leur virtuel employé.

Inutile de dire que l’humour ravageur si prisé sur les réseaux sociaux n’est pas du tout, mais alors pas du tout la qualité qu’ils privilégient, lorsqu’ils scrutent les commentaires du candidat à l’embauche sur ses anciens collègues, chefs ou patrons.

5  Soyez comme votre employeur ?

Les discriminations sexistes ou racistes sont connues, d’autres le sont moins, comme celles qui consistent à éliminer les porteurs d’accents régionaux (Pagnol n’est pas toujours bien vu dans un cabinet d’audit parisien).

Conformisme partout ? « C’est logique, c’est normal : un recruteur aime bien ce qui lui ressemble », épilogue le professeur de fac. « Cooptation et égotisme dominent. Mais les choses changent  et je vois de plus en plus de cadres issus de l’émigration ».

Consentez à des artifices, mais restez vous-mêmes. Même si cette bonne nouvelle est tempérée par une mauvaise : pour une majorité d’Européens, selon un sondage Sofres 2012, la crise économique accentue encore les discriminations sur le marché du travail. Et Jean-François Amadieu conclut sur cet aveu :  les effectifs resteront une variable d’ajustement et l’embauche un combat où l’égalité n’a pas sa chance.

DRH : Le livre noir, de Jean-François Amadieu (Seuil, 19,90 euros)

Articles publié le 11 janvier 2013 – blog.francetvinfo.fr

 

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