Le CV anonyme, la solution contre la discrimination?

 

Pas toujours facile de décrocher un entretien d’embauche quand on est un senior, une personne d’origine étrangère, une femme?  Bien qu’illégal, ce type de discrimination est monnaie courante en Belgique.

La ministre fédérale de l’Emploi Monica De Coninck (SP.A.) voudrait instaurer le principe du CV anonyme dans le secteur privé. L’objectif : faciliter l’accès au marché au travail à ces groupes « discriminés ».

« Dans la première étape du recrutement, un tri sélectif s’opère déjà sur base du nom de la personne » explique Christopher Barzal, porte-parole de la ministre de l’Emploi. « Le CV anonyme permettrait de donner une chance supplémentaire d’accès à l’emploi pour le candidat. »

Mais la discrimination ne peut-elle pas aussi s’opérer lors de l’entretien d’embauche? « Uncontact en face à face est déjà une opportunité supplémentaire pour le candidat. Il lui permettra de faire ses preuves face au recruteur. »

 

Plus de diversité contre la pénurie de main d’oeuvre

Quelles informations faudrait-il exactement cacher sur son CV ? Au-delà du nom, l’âge ou le sexe pourraient ne plus être mentionné. « Ce n’est pas un dossier facile, il faut voir dans quelle mesure on peut l’appliquer au marché de l’emploi belge. La note a été remise au Conseil National du Travail qui va se pencher dessus et formuler un avis, en collaboration avec les partenaires sociaux. »

Pour le cabinet de la ministre de l’Emploi, l’important est d’adapter les politiques de ressources humaines et de les faire évoluer vers plus de diversité. « D’ici 2017, 500.000 personnes vont quitter le marché du travail, et il va falloir les remplacer. C’est une question critique, de laquelle il faut se saisir dès à présent, sous peine de se retrouver face à une pénurie de main-d’œuvre. Le taux de remplacement est déjà négatif aujourd’hui. »

Face à ce papy boom, le cabinet de Monica De Coninck préconise de faciliter l’accès à l’emploi de plus de personnes, pour qui « travailler n’est pas une question de volonté mais d’accès ». « De manière globale, notre grand projet pour 2013 est d’inscrire les entreprises belges dans une logique de diversité » ajoute Christopher Barzal.

 

Attention à la surcharge administrative

Du côté de l’UCM, on se déclare « assez sceptique » face à ce projet. « De nombreuses lois anti-discrimination existent déjà » rappelle Jean-François Krenc, conseiller au service d’étude de l’UCM. « De plus, le projet a déjà été expérimenté à Bruxelles en 2010. Le ministre Bruxellois de l’emploi Benoît Cerexhe avait alors jugé l’expérience peu concluante. »

« Omettre trop d’infos peut influencer la qualité du recrutement » ajoute-t-il. « Connaître le domicile ou les hobbys d’un candidat permet par exemple d’évaluer sa disponibilité ou la manière dont il va s’intégrer au sein d’une équipe. »

Enfin, M. Krenc estime que le CV anonyme n’est pas pertinent car « un recruteur qui veut discriminer pourra le continuer à le faire à l’entretien d’embauche. » Concernant la mise en pratique, Jean-François Krenc met surtout en garde contre une future surcharge administrative pour les PME, notamment si il leur est demandé de motiver chaque refus de candidature.

Article publié le 16 janvier 2013 – references.be – Magali Henrard

 

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