Vie quotidienne au bureau : Pourquoi la méditation peut être un atout pour les cadres ?

Hier cantonnée au contexte religieux, voire sectaire, la méditation est sortie de son écrin d’Orient. Et séduit de plus en plus de cols blancs. Simple lubie ou une réponse alternative pour booster le leadership et pour retrouver du sens au travail ?

Au bord de l’étang qui fait face aux bureaux des managers, deux pierres monumentales. Au milieu, Jean-Luc, 52 ans, s’offre à la méditation. Tous muscles tendus, cerveau bouillonnant, nous fonçons du matin au soir, du lundi au vendredi, voire au dimanche, confie ce cadre supérieur, à la tête d’une équipe de consultants IT. Avec l’aide de la technologie, le rythme de travail s’est incroyablement accéléré. On ne rêve plus dans les avions, on bosse. Pourtant, il est essentiel d’arriver à se relaxer. Mais pour combattre le stress au quotidien, il faut arriver à trouver un espace en soi pour la détente. Le stress et l’anxiété sont innés. Par contre, la relaxation doit s’apprendre. Ensuite, il faut pratiquer, c’est essentiel, résume Jean-Luc.

Pour lui, tout commence par un étrange stage aux Philippines, durant lequel l’animateur applique la pédagogie du silence : pas un mot ne sort de sa bouche pendant une semaine. La suite est très réjouissante : de grands principes, en petits instants grattés sur l’heure de midi, sa découverte et sa pratique quotidienne de la méditation ont changé sa vie et pourrait bien, assure-t-il, changer la nôtre. Il s’agit d’apprendre à vivre le moment présent, accueillir ce qui est là sans jugement et de manière bienveillante. Je me focalise simplement sur ce que je ressens, odeurs, sons, contact de l’air ou d’un tissu sur la peau. La méditation, prévient Jean-Luc, est à la portée de tous. Il en est la preuve vivante : boule d’énergie toujours en mouvement, il est enfin arrivé à se poser.

Des pratiques de hippies ? Loin de là. De nouvelles passerelles se créent entre psychothérapie et neurosciences. La méditation a trouvé la plus belle des reconnaissances : ses bienfaits sont validés scientifiquement, explique Claude Maskens, formatrice en mindfulness, psychothérapeute diplômée et traductrice de plusieurs ouvrages, dont « Méditations guidées » (1). Après avoir conquis le domaine médical, la pratique ancestrale commence à s’immiscer dans certaines sphères de l’entreprise. Par le biais de séminaires sur le sujet, les groupes L’Oréal, Siemens et les Services publics invitent également leurs cadres à se ressourcer. Preuve en est avec les salariés de Google qui s’initient, depuis 2007, à la méditation grâce au programme Search Inside Yourself développé par le professeur Jon Kabat-Zinn. Inventeur de la « pleine conscience », ce médecin biologiste a « packagé » certaines techniques de la méditation bouddhiste, afin de les rendre accessibles aux Occidentaux. La méditation laïque fait même son entrée, discrète, dans l’enseignement supérieur. Université du Massachusetts, Harvard, Solvay Business School, toutes proposent des programmes de réduction du stress basés sur la pleine conscience. Depuis, de plus en plus de cadres s’adonnent à ce « fitness mental ». Pour eux, il est moins question de spiritualité que de réduction du stress, de maîtrise de la souffrance ou de reconquête de l’estime de soi.

Une longue liste de bienfaits
Le contexte économique actuel favorise sans conteste le développement de la méditation. Réduction d’équipes, déshumanisation de l’entreprise, montée en puissance du stress… La méditation permet aux salariés de faire face aux difficultés qui génèrent, chez eux, une perte de sens, explique Claude Maskens. Alors que les cadres sont soumis à de lourdes pressions, la méditation permet de trouver une paix intérieure, au cœur de l’action, surenchérit Sébastien Henry, auteur de l’ouvrage « Quand les décideurs s’inspirent des moines » (2). Si les cadres s’intéressent de plus en plus à la méditation, c’est qu’elle regorge de bienfaits qui peuvent trouver écho dans le cadre professionnel. Elle aide les cadres, notamment les managers, à réduire le stress, à lutter contre la dispersion et à développer leur créativité, résume Claude Maskens. À la clé également, une meilleure qualité d’attention, une capacité à prendre des décisions et une bonne maîtrise de ses émotions et de son impulsivité.

Des chercheurs en médecine de Harvard ont publié, en 2010, un inventaire de tous les bénéfices avérés. Ils se sont intéressés à cette méditation laïque, qui s’est débarrassée de la religion pour ne conserver que la recherche d’un mieux-être individuel et collectif. La recherche, assurent-ils, a démontré l’efficacité de la pleine conscience dans la réduction des symptômes de nombreuses affections, comme la dépression (2000), la toxicomanie (2006), les maladies chroniques (2007), l’anxiété (2008). Même constat en 2012 pour les infections respiratoires aiguës.

La méditation devient aussi un rempart face à l’épuisement professionnel. Se relever après un burnout est long et constitue un vrai handicap à l’heure où il faut afficher une performance constante pour se maintenir en poste. Pour survivre dans le monde du travail actuel, il devient crucial, voire darwinien, de travailler sur son esprit. Nous sommes dans une période de l’Histoire où l’homme et la femme n’ont jamais eu à être aussi performants et aussi multicompétents. Et notre cerveau reptilien, utile dans des temps reculés, a besoin de s’adapter, explique la psychiatre Yasmine Liénard, auteur de « Pour une sagesse moderne. Les psychothérapies de 3e génération » (3). Reste que pour certaines entreprises, l’initiation à la mindfulness est devenue une façon d’outiller les salariés. Armés contre le stress, ils sont jugés plus productifs. Et ne comptent plus leurs heures. Cynique et freaky. Mais totalement zen.

Publié le 01/03/2013 – References.be – Par Rafal Naczyk

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