Comment faire carrière dans la finance responsable?

Microcrédit, investissements éthiques d’entreprise, banques solidaires… Ces domaines, en développement, nécessitent de vraies compétences professionnelles.

Comment faire carrière dans la finance responsable?
EMPLOI – Faire carrière dans la finance solidaire nécessite souvent une formation plus classique. Au sein des banques, entreprises ou ONG ces salariés hybrides créent de nouvelles alliances avec l’économie sociale et solidaire.

« La finance n’est qu’un outil, on peut la mettre au service de ce que l’on veut! » Après plus de vingt ans dans divers services deSchneider Electric, Christophe Poline est devenu directeur des investissements solidaires de son entreprise. « J’investis une part du plan d’épargne des salariés dans des projets comme la construction de HLM à basse consommation d’énergie en France ou l’accès au solaire en Afrique », explique-t-il. Comme lui, un nombre croissant de professionnels travaillent dans le secteur émergent de la finance responsable.

Dans des organisations non gouvernementales (ONG), au sein de banques ou de grandes entreprises, ces pionniers développent et pilotent des projets en lien avec le microcrédit, l’épargne solidaireou encore la banque coopérative. « Le nombre de salariés du secteur est imprécis, mais les en-cours de la finance solidaire ont été multipliés par 12 en dix ans », constate Eve Bénichou, chargée de communication du collectif Finansol. Les banques ont donc tout intérêt à proposer à leurs clients des produits ISR (investissement socialement responsable).

C’est par exemple la mission de Ladislas Smia. Analyste recherche extrafinancière chez Natixis AM, il sélectionne les projets dans lesquels la banque investit ses fonds éthiques. Cela ne représente que 3% des en-cours, mais, pour lui, le mouvement est lancé: « Nous répondons à la demande de certains clients, qui refusent d’investir dans l’armement ou le tabac, par exemple. Ils sont de plus en plus nombreux à se poser ces questions. »

« Solidaire, ce n’est pas un métier »

Certains financiers créent même des outils bancaires solidaires, comme Laurence Moret, responsable des partenariats au Crédit coopératif. Via les fonds de partage, par exemple, des investisseurs versent une partie de leurs gains à des associations comme Action contre la faim ou la Fondation Abbé-Pierre. « Nous avons aussi créé une quote-part solidaire sur l’émission obligataire de la banque, qui a rapporté quelque 10.000 euros à l’ONG CCFD en 2010, explique-t-elle. La base technique est celle de la finance classique, mais nous l’adaptons à la solidarité ou au développement durable. »

Pas question, donc, de débarquer dans le secteur avec pour seul bagage son envie de changer le monde. « Solidaire, ce n’est pas un métier », rappelle Christophe Poline. Emmanuelle Javoy, directrice de l’ONG Planet Rating, qui évalue les structures de microcrédit, recommande d’acquérir trois à cinq ans d’expérience « classique » avant d’entrer dans le secteur. « J’ai détesté mon expérience dans un cabinet de consulting prestigieux, mais cela m’a énormément servi ensuite », affirme cette diplômée de l’ESCP Europe.

Evidemment les salaires en ONG de finance solidaire -de 1 800 à 5 000 euros- n’ont rien à voir avec ce que ces financiers pourraient gagner ailleurs. « Quand on m’a proposé moins de 2 000 euros net à l’embauche, je me suis dit que cela n’allait pas être possible, se souvient Emmanuelle Javoy. Mais la structure a ensuite revalorisé les salaires, et j’ai gagné en responsabilités, donc je vis très correctement. En réalité, ce sont les rémunérations de la finance classique qui sont absurdes. »

Du côté des grandes entreprises et des banques, les professionnels de la finance responsable gagnent autant que leurs collègues des autres services. Seule exception: le Crédit coopératif, qui ne verse pas de bonus à ses banquiers. Mais, pour Laurence Moret, l’attrait du métier est ailleurs: « Je suis enfin en adéquation avec moi-même. La plus-value de mon travail n’est pas seulement financière, elle est aussi sociétale. Cela me porte tous les matins pour aller travailler! »

Tous affirment que leur métier fait désormais rêver d’autres professionnels de l’argent, qui les regardaient auparavant avec amusement. « Ce qui compte, ce n’est pas de brasser des millions, mais de savoir à quoi ils servent », résume Laurence Moret. Une mise en garde, tout de même: les structures de la finance responsable sont souvent petites, parfois dépendantes de financements extérieurs. L’archétype d’un secteur pionnier, donc: enthousiasmant mais encore fragile.

Article publié le 23 octobre 2012 – lexpress.fr – Hélène Seingier

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