Focus sur le marché de l’emploi en Suisse

La Suisse, eldorado dans lequel « il suffit de se baisser pour trouver un job ? » Ce qui était vrai ne l’est plus. Ou plus de la même manière. La Maison de l’Emploi de Saint-Louis et d’Altkirch publie un nouveau « Quat’pages », document qui présente les mutations du marché du travail. Et les pistes à suivre pour que les Alsaciens traversent plus nombreux la frontière vers Bâle.
« La Suisse recrute, mais il faut la maîtrise de la langue allemande. On l’a dit et redit. Mais nous avons voulu aller plus loin », explique Stéphane Cheref, directeur de la Maison de l’Emploi de Saint-Louis et Altkirch. Objectifs : analyser les mutations de l’économie suisse. Mesurer l’impact de ces mutations sur le marché du travail. Adapter, en Alsace, l’outil de formation à ces besoins.

La tendance ? La dernière grande enquête, de 2008, qui permet d’analyser l’emploi par canton et par secteur d’activité, montre que le marché se tertiarise. En Suisse, le secteur tertiaire représente 70 % des emplois. À Bâle, c’est près de 80. Et cette tendance se renforce. Stéphane Cheref analyse : la Suisse est passée d’une économie de production à une économie d’emplois à plus forte valeur ajoutée, axée sur la R & D.

Forte tertiarisation de l’économie
« Il y a trente ans, on connaissait tous des gens qui appuyaient sur des boutons dans les usines. L’industrie en général et la chimie en particulier avaient besoin d’une forte main-d’œuvre dans la production. » Mais, en dix ans, la chimie a perdu 2 000 emplois à Bâle-Ville. « Et, parallèlement, on a une formidable explosion des sciences de la vie. Rien que dans ce même canton, la pharmacie a créé 5 500 emplois… »

Cette mutation s’opère depuis 10 à 15 ans. « L’impact, on ne l’a pas tellement senti, côté alsacien », note Stéphane Cheref, qui souligne que « c’est surtout le Bade voisin qui a bénéficié de ces emplois. » Certes, avec ses 16 000 actifs locaux, ses 14 000 actifs frontaliers, Saint-Louis reste loin en dessous des taux de chômage que connaissent d’autres secteurs de la région. Mais il faut réagir.

« Longtemps, certains ont cru que la Suisse était sous cloche, à l’abri de la mondialisation, des externalisations. Ce n’est pas vrai. Il est moins cher de fabriquer un médicament en Inde qu’en Suisse. L’enjeu, dans ces conditions, c’est de créer de nouveaux médicaments », pour Pascale Schmidiger, adjointe au maire de Saint-Louis et présidente de la Maison de l’emploi. Mais ce n’est plus la chimie d’autrefois, celle de la production, où un mot d’alsacien suffisait pour se faire comprendre. Pour la pharmacie, « il faut du bardé de diplômes, allemand et anglais obligatoires. »

Des employés beaucoup mieux formés
Et cela, c’est vrai dans tous les secteurs : électroniques, électriques… L’industrie est toujours présente, mais l’enjeu, c’est d’avoir des gens qui soient capables de créer de nouveaux produits. Cela se retrouve quand on analyse les catégories socioprofessionnelles. « En dix ans, les professions élémentaires, de faible qualification, ont très peu évolué. Par contre, la part des professions intellectuelles et scientifiques a beaucoup augmenté. »

Logiquement, le niveau de formation de la population active évolue en parallèle : en Suisse, le niveau 1, le plus bas, est en baisse, alors que le niveau 3, qui correspond aux études supérieures, est à la hausse, une hausse qui atteint 18 points à Bâle-Ville – et la part de la population active titulaire d’un diplôme de la catégorie la plus élevée a doublé en dix ans. La conclusion logique : il faut poursuivre la formation des jeunes Alsaciens, au plus haut niveau.

« Attention, il n’y a pas que les ingénieurs qui intéressent les Suisses. Il faut aussi rappeler que, parmi les dix professions les plus recherchées en Suisse, s’il y a bien sûr les ingénieurs, ce qui revient en premier, ce sont les ouvriers. Les ouvriers qualifiés, avec diplômes et expériences. » Mais ces deux dernières remarques valent pour tous les emplois : en Suisse, il y a du travail, « mais on vous demandera un diplôme, de l’expérience, et la maîtrise de la langue. »

Caristes, cela ne se dit pas « Caristen » ou « Karisten », en allemand. Mais Staplerfahrer. Simple… Encore faut-il le savoir. C’est en partant de ce constat que la Maison de l’Emploi et de la Formation de Saint-Louis et d’Altkirch a imaginé des fiches métiers, « telles qu’on les trouve chez nous pour les lycéens, par centaines », explique Stéphane Chéref, directeur de la Maison de l’Emploi. Mais… transfrontalières. Une petite révolution.

« Nous sommes dans un territoire transfrontalier, les fiches manquaient. Nous nous sommes dit que nous tenions quelque chose, nous avons créé un outil qui n’existait pas. Il suffisait de… Mais personne n’y avait pensé avant », sourit Pascale Schmidiger, présidente.

Des fiches trinationales révolutionnaires
Simples d’apparence, les fiches, qui existaient dans les trois pays (Suisse, Bade et Alsace), ont demandé un gros travail de synthèse. « Nous nous sommes rapprochés de nos partenaires allemands et suisses, pour valider les synthèses obtenues », précise Stéphane Cheref.

Installateur sanitaire, cariste, cuisinier, électricien, informaticien, agent technico-commercial… Voici pour les six premières fiches. « Cela donne le nom du métier en allemand. Mais nous avons aussi analysé les voies de formation, les qualifications requises, les voies de formation… » Pour ces dernières, un constat : « La France est souvent en décalage… On est sur du deux ans côté français, mais trois ans minimum côté allemand ou suisse. » Les fiches fourmillent de détails. Un exemple : pour devenir cariste en Suisse, il faut l’attestation de conduite émise par la SUVA (attestation équivalente de notre CACES).

La question des langues
Autre information : les langues requises dans les différents pays. « Cela n’étonnera personne, il faut aux candidats parler la langue du pays », commente Stéphane Cheref. L’allemand, bien sûr, parlé, lu et écrit. Souvent, parler alsacien (ou suisse allemand) est un avantage. Mais il y a aussi des métiers pour lesquels l’anglais est requis. C’est le cas pour les informaticiens ou les technico-commerciaux.

Ces fiches-là ont vocation à être utilisées. Y compris côté allemand. «La traduction allemande est en cours. Nos partenaires, Amt für Wirtschaft und Arbeit de Bâle et Arbeitsagentur de Lörrach, ont trouvé l’idée excellente et se sont bien impliqués dans le projet. Ces six premières fiches ont constitué un bon galop d’essai, et ont eu un retentissement fort dans tout le réseau.»

D’autres fiches à venir
D’autres fiches seront réalisées l’an prochain, en fonction des besoins. Elles sont disponibles en version papier mais aussi, bien sûr, numérisées. Et, pour ceux qui voudraient plus d’informations, elles comportent des liens vers les sites qui proposent les différentes fiches nationales qui ont servi à établier la synthèse trinationale. Avec un objectif: faire en sorte que les demandeurs d’emploi les utilisent pour se renseigner… Et se former.

SURFER Sur www.mef-s3f.eu, le site de la Maison de l’Emploi et de la formation de Saint-Louis et Altkirch.

Publié le 30/12/2012 – Lalsace.fr – Par Jean-Christophe Meyer

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  1. Emplois Neuchâchtel

    Malgré que la tendance d’emploi se dirige plus au tertiaire, les autres secteurs des recrutements en suisse, se montrent généreux, stables et exigeants… Donc bienvenue aux compétences !
    Bonne recherche.

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