Ils cumulent les jobs, par choix

 

Ils sont trentenaires et ont plusieurs casquettes professionnelles avec lesquelles ils jonglent tout au long de journées généralement très remplies… On les appelle « slashers » en référence aux slashes (/) qui séparent leurs diverses activités, rémunératrices ou non, aussi importantes les unes que les autres à leurs yeux. Celui-ci est géomètre/guitariste/prof de yoga ; celle-là vendeuse/journaliste-pigiste/mannequin ; cette autre assistante de direction/styliste.

A l’étroit dans la conception classique du travail, ils cumulent les fonctions, les tâches, les missions et les responsabilités, plus soucieux de faire ce qui les passionnent que d’avoir un statut. Et, pour reprendre la boutade, très excessive, du Harvard Magazine, ils choisiront toujours de faire 3000 choses à 150% plutôt que 5000 à 97% !

Cumulards convaincus

Les portraits de slashers présentés par l’Express voici quelques mois sont, somme toute, beaucoup moins échevelés qu’on ne pourrait s’y attendre. En fait, le slasher made in France paraît le plus souvent se contenter de deux ou trois activités : un poste de salarié pour assurer l’ordinaire (à condition de ne pas s’y ennuyer) et des activités parallèles prenantes – « à fond perdu », délibérément bénévoles ou, et de plus en plus, en tant qu’auto-entrepreneur, avec tout ce que cela implique d’incertitude en termes de revenus.

La différence avec ceux qui cumulent par stricte nécessité économique, c’est que les slashers n’ont pas du tout envie d’abandonner leurs multiples activités au profit d’une seule au motif, par exemple, que celle-ci serait plus rémunératrice. Au demeurant, ils ne cherchent pas à faire fortune et paraissent avoir fait de la pluriactivité une parade à la précarité, sur le mode « quitte à être précaire, autant que cela soit dans un domaine qui m’enthousiasme » souligne l’Express. Dans le dossier que leur consacre le magazine Grazia, on note cependant que « à l’origine, la plupart des slashers le deviennent par nécessité. Leur salaire ne leur offre pas un niveau de vie satisfaisant, alors ils essaient de créer d’autres sources de revenus ».

Dilettantes hyperactifs

Pour le sociologue Jean Viard « Le cumul volontaire et assumé de métiers s’apparente à une sorte de donjuanisme professionnel », autrement dit un moyen de jouer sur plusieurs tableaux, voire plusieurs identités en fonction des communautés dans lesquelles on évolue. Cette « logique d’avatar » est le propre d’une génération hyperconnectée et structurellement multitâche.

D’autres sociologues qualifient ce comportement de « dilettantisme hyperactif » et l’analysent comme une volonté de retarder le passage à l’âge adulte. Ainsi, « derrière l’énergie inépuisable que les slashers déploient à ne pas se laisser enfermer, à refuser les étiquettes, à conserver leur liberté professionnelle, subsisterait donc encore l’inertie d’une génération qui refuse de prendre les responsabilités que les aînés attendent d’elle » (Grazia). On objectera que c’est peut-être exactement l’inverse, à savoir que les slashers prennent au pied de la lettre la responsabilité que la société et leurs aînés les enjoignent de prendre : être et rester autonomes.

 

Article publié le 12 juillet 2011 – la-page-de-l-emploi.pagepersonnel.fr

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  1. t-shirts made in france

    Pour ma part je ne cumule pas, je le faisais seulement lorsque j’étais étudiant, ou je devais faire une vingtaine d’heures à l’école de journalisme puis en parallèle une vingtaine d’heures au sein d’une association étudiante.

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