Interview de Nicolas Schmit, ministre du Travail, de l’Emploi & de l’Immigration

Ce mercredi, Nicolas Schmit, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Immigration, a présidé une réunion du Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE). Vu la gravité de la situation et la chute des créations d’emplois, Étienne Schneider, ministre de l’Économie, et Françoise Hetto-Gaasch, ministre des Classes moyennes et du Tourisme, ont été invités à participer aux débats triparties. L’objectif est de préparer l’élaboration d’un plan d’action coordonné visant à relancer l’emploi, avec plusieurs mesures dont une meilleure coopération avec les communes. Également au programme : l’approfondissement du volet de la flex-sécurité. Interview.

Monsieur Schmit, pourquoi avoir convoqué cette réunion sur l’emploi ? La situation est-elle si grave?

« L’emploi se dégrade car la crise qui est aussi arrivée au Luxembourg. Les chiffres montrent que la création d’emplois, qui est toujours positive, est passée sous le seuil des 2 % de l’emploi total, à 1,8 %. Ce n’était plus arrivé depuis 2009. Cela a un impact direct sur le chômage. D’autant plus que le marché du travail reste soumis à des pressions externes importantes en Grande-Région, en particulier en Belgique et en Lorraine, où la situation est franchement mauvaise. Nous avons aussi des problèmes structurels sur notre marché du travail, en raison du nombre relativement élevé de personnes peu qualifiées. Il est temps de faire état de la situation et de discuter de différentes mesures, celles qui sont déjà prises et celles qui doivent l’être pour relancer l’emploi. D’où cette réunion réclamée par les partenaires sociaux et notamment les syndicats. Il nous faut à la fois répondre aux défis de cette montée du chômage et aussi mieux organiser la création d’emplois.

L’objectif est d’élaborer un plan d’action coordonné. En quoi peut-il consister ? Quelles mesures nouvelles peut-on imaginer ?

« Nous avons structuré cela autour de plusieurs thèmes, au premier rang desquels figure l’emploi des jeunes, qui sera abordé tous les trois mois. Nous devons faire le point sur ce sujet après le plan d’action que nous avions présenté en mars de l’an dernier. Et sur deux mesures en particulier, dont la ‘garantie jeune’ qui doit être mise en œuvre vers la moitié de l’année prochaine. Chaque jeune doit disposer, après quatre mois de chômage, d’une offre d’emploi, de formation, ou encore d’une mesure qui améliore son employabilité. Nous avons également conclu un accord avec les employeurs pour donner une chance aux jeunes les moins qualifiés. On doit aussi faire le point là-dessus.

Nous devons aussi regarder la situation sur un plan plus large, voir comment répondre à ces situations. J’ai pris bonne note des propositions des uns et des autres et particulièrement des syndicats. Nous allons analyser ce qui pourra être repris et mis en œuvre, notamment dans le domaine du chômage de longue durée. Autre point : la création d’emplois. D’où l’association de mes deux collègues ministres aux débats. Il est question également d’un ‘master plan pour les green jobs’ avec le ministre du Développement durable (Claude Wiseler, ndlr) et le ministre de l’Économie, qui est aussi en charge de l’énergie. Nous voulons aussi conclure des accords de coopération avec les communes en matière d’emploi. Enfin, dernier point,  le fonctionnement du marché du travail luxembourgeois. J’ai reçu des propositions de l’OGBL sur ce plan, mais aussi du LCGB. Je suppose que les employeurs vont également faire des propositions. Nous devons identifier une base commune, notamment sur le volet de la flex-sécurité, qui n’est peut-être pas suffisamment abordée au Luxembourg.

Beaucoup de voix se font entendre pour dire que le Luxembourg a un vrai problème structurel, de compétitivité, de coûts. Faut-il également régler cette question pour résoudre le problème du chômage?

« Je ne crois pas qu’il faille consacrer beaucoup de temps à l’aspect coût du travail à l’occasion de cette réunion. Ce sujet doit être abordé, mais nous savons tous que c’est un sujet très complexe qui aboutira très vite à un débat sur l’indexation. J’espère qu’il ne sera pas au centre des discussions ce mercredi.

Des plans de réductions d’effectifs viennent d’être annoncés sur la place financière, notamment chez KBL, Clearstream ou RBC. Êtes-vous informés en amont de ce genre d’annonces ?

« Parfois oui, parfois non. Je pense qu’il faut réagir sur le plan de la gestion des personnes qui vont perdre leur emploi. Mais je ne peux pas empêcher les entreprises de faire des plans sociaux. Bien sûr, on peut rendre les licenciements plus difficiles, mais je ne sais pas si c’est vraiment la voie à retenir. Nous devons redoubler d’efforts et créer des ponts pour que les gens retrouvent un emploi. C’est ça que la politique de l’emploi peut faire.

La présence de l’État au capital des entreprises, comme à la Bil ou chez BGL BNP Paribas, est-elle une garantie contre les licenciements?

Non, je crois que cela tient essentiellement à l’entreprise, à son projet, à ses activités et à son business model. »

Publié le 20/02/2013 – Paperjam.lu – Par Nicolas Raulot

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