Tous intrapreneurs ?

Cette semaine, nous collaborons avec Marianne et Pierre de The Boson Project, une start­-up atypique composée d’entrepreneurs engagés à faire bouger les lignes dans les entreprises et institutions, en mettant le capital humain au cœur des processus de transformation.

Mais qui se cache dernière la nouvelle super-star de l’entreprise, l’intrapreneur ? Cousin d’une supra super-star sur la scène économique, la start-up, la popularité de l’intrapreneur a en quelques années détrôné les départements de R&D classiques, démocratisant ainsi l’innovation en entreprise. Mais pourquoi un tel engouement pour ce profil ? Et si la contamination était générale ? Si nous étions tous des intrapreneurs, en chair et en os… ou en herbe ?

L’intrapreneur ou le mutant de l’entreprise…

Il y a quelques mois nous publiions avec le Crédit Agricole SA le livre blanc Quand le changement vient de l’intérieur, voyage au cœur de l’intrapreneuriat, décryptant les attributs et les raisons d’être de ce mutant, sur qui les yeux des comités de direction sont aujourd’hui braqués. En voici le portrait.

L’intrapreneur est un être hybride : un pied dans l’entreprise, un pied dans l’entrepreneuriat ; un encéphale créatif et subversif, un encéphale averse aux gros risques, notamment à une possible précarité financière. C’est l’entrepreneur dans l’entreprise, capable de réaliser avec des moyens limités ce que l’organisation formelle n’arrive pas à accomplir. Ce n’est pas un poste mais bien une posture, qui séduit autant qu’elle dérange… Peu respectueux des procédures, l’intrapreneur s’appuie sur ses propres réseaux et parvient à fédérer la direction autant que des collaborateurs autour de son idée, accédant ainsi aux bonnes ressources et compétences internes. Il doit être capable de courber le cadre de l’entreprise sans jamais le briser, connaître les codes pour mieux les détourner. (Basso 2007)

Son secret : un projet qui le porte, le motive et pour lequel il braverait tous les obstacles. Car l’intrapreneur est inséparable de son projet : c’est son désir de le développer (et de se développer via ce dernier) qui le pousse à sortir de son rôle traditionnel de collaborateur.

… dans une entreprise pas comme les autres

Encourager la création d’idées, inviter chacun à contribuer à l’innovation (la fameuse boite à idées en d’autres termes !) équivaut à favoriser l’innovation participative. Encourager la mise en place de cette même idée par celui qui l’a proposée : là réside l’intrapreneuriat.

De fait, l’intrapreneur ne s’épanouit pas en entreprise sans un réel dispositif interne lui permettant de développer son idée, fédérer d’autres compétences et mettre entre parenthèses ses propres taches au profit de son projet. La deuxième composante de l’intrapreneuriat est bien l’investissement de l’entreprise sur le long terme, qui s’engage à valider des projets atypiques, mettre à disposition ses ressources internes… et à terme qui y dédie un budget!

Le bénéfice pour l’entreprise ? Développer d’un nouveau service, produit ou organisation pour s’étendre à de nouveaux business, à de nouveaux domaines d’activité ou marchés.

Reste à définir le périmètre, l’étendue des possibles : les projets doivent-ils être liés au cœur business ou  non ? Quel temps alloué à leur développement ? La réponse est ici propre à chaque entreprise.

A quoi bon ?

Des profils entrepreneuriaux en entreprise, me diriez-vous, ce n’est pas nouveau. Pourquoi chercher aujourd’hui à capitaliser davantage sur ces profils et surtout à encourager et développer l’esprit entrepreneurial chez tous ses collaborateurs ? Est-ce les salariés qui bouillonnent d’idées brillantes en 2014 ? Est-ce la mutation permanente de notre environnement qui met aujourd’hui en lumière les collaborateurs les plus mutants et les plus agiles de l’entreprise ? Est-ce la récession qui en réduisant les budgets alloués aux cabinets de conseil a démontré aux entreprises que les salariés pouvaient faire de même, voire mieux ?

L’avènement de l’intrapreneuriat s’inscrit dans ce que Scott D. Anthony appelle la 4ème ère de l’innovation. Elle est le fait selon lui de tendances lourdes :

  • La démocratisation de l’innovation et le développement d’un marché hyper compétitif soumettant les start-up aux mêmes exigences court-terme qui ont freiné l’innovation dans les grands groupes.
  • Les grands groupes, inspirés par les start-up, développent l’open innovation, recherchent des profils entrepreneuriaux et s’orientent vers des organisations hiérarchiquement plus horizontales et agiles.

Les impacts de cette nouvelle ère sont multiples, notamment en termes de RH et d’innovation.

  • Impacts RH :

Fort levier d’attraction auprès de talents en recherche de créativité, d’autonomie et de sens, l’intrapreneuriat est aussi un levier de rétention, notamment pour les profils les plus entrepreneuriaux à même de quitter l’entreprise pour monter leur projet, assurant ainsi une diversité de profils dans l’entreprise. D’après Daniel Pink (Drive, 2009), les reconnaissances financières ne suffisent plus à retenir les créatifs dans les entreprises. Selon lui, la motivation des talents passe aujourd’hui par l’autonomie, la possibilité de développer des compétences et le sens donné au travail. Trois dimensions que l’on retrouve dans l’intrapreneuriat qui est donc à la fois un atout pour soigner son image employeur mais également un puissant argument pour retenir les talents.

  • Impacts innovation :

Encourager l’intrapreneuriat permet de développer en interne une culture de l’agilité et du droit à l’échec – élément crucial dans un contexte où l’avantage concurrentiel repose aujourd’hui dans la capacité des entreprises à innover – et ouvre l’entreprise vers des écosystèmes en rupture. En outre, l’intrapreneuriat offre une formidable opportunité pour les entreprises d’optimiser leurs ressources (Bouchard, 2007). Tout d’abord, de par son approche bottom-up, l’intrapreneuriat est un révélateur de talents. Ainsi, en forçant le trait, chaque collaborateur est, outre ses missions, un potentiel innovateur, créateur de valeur. D’autre part, par sa faculté à penser l’entreprise autrement, l’intrapreneur réinvente de nouveaux modèles économiques et utilise les forces de l’entreprise à des desseins détournés : créer de la valeur avec l’existant et maximiser les ressources.

En résumé, l’intrapreneuriat permet de ‘combiner les ressources que seules les grandes entreprises peuvent mobiliser avec la créativité et la motivation que seuls les individus peuvent fournir’ (définition de Pryor et Shays), de réveiller le potentiel de ses collaborateurs et d’offrir à tous de nouvelles possibilités d’épanouissement.

Tous intrapreneurs : c’est ce que l’on souhaite à chaque collaborateur !

Pierre Jollivet et Marianne Urmès

The Boson Project

Pour aller plus loin :

Voyage au cœur de l’intrapreneuriat : découvrez ici notre livre blanc sur l’intrapreneuriat et les témoignages de quatre intrapreneurs.

– Thèse professionnelle de Pierre Jollivet : « Entreprises et incubateurs internes : des organisations et des hommes », 2014.

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The Boson Project : qui sont-ils ?

The Boson Project, start-up atypique composée de jeunes entrepreneurs, aborde la problématique cruciale de la mutation des organisations depuis des structures rigides – processées, très hiérarchisées, lourdes, parfois inertes, parfois même contreproductives – vers des structures fluides, transversales, transparentes, ouvertes, flat et nécessairement engagées.

Via une démarche collaboratrice et bottom-up, cette dernière fait appel au potentiel et aux idées des collaborateurs, notamment des plus jeunes, pour faire muter les entreprises.

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