Vitamine T, le recyclage anti-crise

Daniel a 59 ans et est ancien salarié de « La Thomson ». Cela fait déjà 8 ans qu’il travaille à Envie2e nord.

Cette entreprise sociale a reçu le prix Ashoka 2012. Reportage dans une de ses usines, près de Lille.

Les camions défilent sur le parking de l’usine. Portes grandes ouvertes, les quais se remplissent de machines à laver, de réfrigérateurs hors d’usage, de micro-ondes en piteux état ou de télévisions dont les écrans ont vécu.

Bienvenue dans l’usine Envie2e nord, à Lesquin. “Ici on prononce Lékin”, me fait remarquer Antoine Bucher, directeur de la communication du groupe Vitamine T et mon guide au cœur des broyeurs et autres recycleurs.

Envie2e nord est l’un des fleurons du groupe Vitamine T, situé lui aussi à Lesquin. Cette société par actions simplifiées (SAS), créée en 1987, regroupe aujourd’hui treize entreprises d’insertion (EI), ateliers chantier d’insertion (ACI) ou entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI). Son cœur de métier? Créer des passerelles entre le monde du privé et le secteur social pour développer la co-création d’entreprises d’insertion.

En tant qu’entreprise qui réoriente les personnes éloignées de l’emploi sur le chemin du travail, Vitamine T bénéficie de financement publics orientés vers l’accompagnement social de ses salariés.

 

« Nous ne sommes pas dans l’économie de réparation »

Cela fait déjà sept ans qu’Envie2e nord, « joint-venture » créée avec la société Van Gansewinkel, spécialisée dans le retraitement des déchets au Benelux, s’est installée dans la zone industrielle de cette petite ville de 6000 habitants, dans la banlieue lilloise.

Ici, nous ne sommes pas dans l’économie de la réparation. Nous voulons aider les gens à s’en sortir par le travail”, m’explique tout simplement André Dupon, président exécutif de Vitamine T depuis 2008 et membre du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves).

Cet ancien éducateur spécialisé toujours pressé est un fervent défenseur de l’économie sociale et solidaire. « L’ESS est une réponse d’après crise. Nous créons des emplois non délocalisables et innovants […]. Mais je reste lucide, l’ESS n’a pas vocation à être le seul levier du retour de la croissance dans notre pays. »

 

Décharger, casser, recycler

Deux expressos bien tassés plus tard, nous voilà en train de visiter l’usine. Décharger, désosser et envoyer le tout sur les tapis roulants. L’action est répétitive et rappelle l’univers des Temps modernes.

Le bruit lancinant des machines oblige à porter des bouchons d’oreilles, et pour éviter tout accident avec les chariots élévateurs qui filent à toute berzingue, mieux vaut suivre les lignes jaunes au sol.

Depuis sa création en 2005, près de 100.000 tonnes d’électroménager et de tubes cathodiques sont passées dans les machoires des monstres d’aciers qui mastiquent le métal à longueur de journée.

Cette entreprise d’insertion spécialisée dans le recyclage a été créée pour répondre aux nouvelles exigences en matière de retraitement des déchets. Depuis 2011, elle fait également partie des quelques entreprises aptes à recycler les écrans plats, symboles de l’obsolescence programmée.

D’après le bilan social de l’année 2011, 3062 personnes sont salariées du groupe Vitamine T, dont 2122 en parcours d’insertion. “Avec nos différentes filiales, nous sommes un tremplin vers l’embauche. Les personnes salariées en insertion peuvent rester pendant 24 mois maximum. Nous les dirigeons ensuite vers des formations qualifiantes ou un contrat”, explique Antoine Bucher.

En 2011, 55% des personnes sortant des treize filiales ont ainsi obtenu un CDD, un CDI ou une formation. Un pourcentage pourtant inférieur à celui de 2010 (67% de taux de sortie positive sur l’emploi). “Cette baisse est due à la crise. Nous sommes impactés au même titre que n’importe quelle entreprise”, relativise Antoine Bucher. “Et même s’ils n’ont pas un emploi à la clé, ce n’est pas forcément un échec. Ils ont pu résoudre un problème d’endettement ou trouver un logement.

 

Une histoire de reconversions

Daniel a 59 ans. Cela fait déjà 8 ans qu’il dévisse et désosse les appareils ménagers qui tombent sous sa perceuse et son marteau. Daniel est surtout un ancien de “La Thomson” comme il dit.

Jusqu’en 2001, les 14.000 mètres carrés d’Envie2e nord étaient occupés par l’ancienne usine Thomson-Brandt. Créée en 1893 et rebaptisée par la suite Selnor, “La Thomson” était un véritable pillier de l’industrie locale. Jusqu’à 6000 personnes travaillaient ici chaque jour.

À la fin du mois d’avril 2001, un plan social est confirmé pour les 670 employés toujours en poste sur le site. Ça été vécu comme un choc pour toute la région”, explique Daniel.

Sur les 220 employés que compte Envie2e nord (dont 110 en parcours d’insertion), 70 sont d’anciens salariés de « La Thomson ». “Notre politique était d’embaucher en priorité les anciens salariés. Après un parcours d’insertion, certains sont finalement restés”, indique Antoine Bucher. C’est le cas de Daniel par exemple.

“Ça n’a pas été évident de me reconvertir et je gagnais bien mieux ma vie avant. Que voulez-vous que je fasse avec le Smic aujourd’hui? Depuis 8 ans que je suis ici, je n’ai jamais été augmenté”, déplore Daniel, amer. “Mais je ne me plains pas trop, j’ai un travail à mon âge”, ajoute-t-il en continuant à désosser une machine à laver.

Tous les employés gagnent en effet au moins le Smic, “avec un écart de salaire de 1 à 7 en moyenne”, précise Antoine Bucher. La limitation de l’écart entre le salaire le plus élevé et le moins élevé dans une entreprise est une caractéristique du secteur de l’ESS.

Au mois d’octobre 2012, André Dupon a obtenu le prix Ashoka 2012, qui récompense les entrepreneurs sociaux. « Une belle récompense et une nouvelle dynamique pour tout le groupe« , sourit l’intéressé. Mais en temps de crise et de hausse inquiétante du chômage en France, c’est surtout la reconnaissance d’un modèle économique viable, mais « qu’il faut encore développer« .

Article publié le 02 janvier 2013 – youphil.com – Romain De Oliveira

 

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